C’est en 1977 que passant devant l’aérodrome de Gisy-les-Nobles ma femme et moi, jeunes mariés à l’époque, avons eu l’idée de faire un baptême de l’air en avion de tourisme. Je dois dire d’ailleurs que l’idée venait d’elle et j’étais plutôt mort de trouille. Mais en descendant de l’avion ça a été pour moi comme un coup de foudre et je décidais de m’inscrire à l’aéroclub pour apprendre à piloter. Apprentissage du pilotage à vitesse grand V grâce à un merveilleux instructeur et ami Ray Beguin dont la pédagogie militaire à grands coups de gueule vous marque pour un moment. Tout au long de cette formation je me disais que j’aimerais bien, moi aussi, être un jour instructeur avion. De 1977 à 1981 je pratiquais régulièrement l’avion à Gisy-les-Nobles et surtout j’appréciais cette ambiance club mais la location d’avions était relativement onéreuse et un peu contraignante. Je passais parfois la journée au club pour voler 20 minutes, faute d’avion disponible. C’est en 1980 qu’apparurent en France les premiers U.L.M. et tout de suite je me suis intéressé au phénomène. L’inventeur de l’U.L.M. pendulaire est un français (Roland Magalon). J’ai rapidement fait sa connaissance et ai suivi ses périples sur différents petits terrains de la région parisienne. Roland est devenu un ami mais je n’ai pas vraiment été attiré par les U.L.M pendulaires qui ne sont ni plus sûrs ni plus dangereux que les autres mais leur pilotage est différent du pilotage  » avion « . En 1982 le président de l’aéroclub de Romilly Jean Kiliski achète un U.L.M. 3 axes, monoplace, un VECTOR 600. Il s’agit d’un petit appareil de construction  » tubes et toile  » importé des Etats Unis. Je prends rapidement contact avec Jean et lui fait part de mon intérêt pour ce genre d’U.L.M. Il se propose de me lâcher dessus et de me le louer. J’accepte évidemment et après environ 15 minutes d’explications, au sol, je m’envole avec cette fantastique petite machine.

Naissance du club

AlainAu cours de cette année 82, l’idée de créer un club U.L.M. dans la région de BRAY SUR SEINE me trotte dans la tête au point de devenir une obsession. J’en parle autour de moi, à des amis et tout début 83 nous organisons une réunion à mon domicile, très vite nous créons l’association  »  Les Ailes de la Bassée  » qui compte une vingtaine de membres, dont 3 pilotes avion, tous ravis à l’idée de pouvoir bientôt survoler la campagne. Mais nous n’étions pas au bout de nos peines, il fallait d’abord acheter un U.L.M. puis trouver un terrain. Pour l’U.L.M., à l’unanimité notre choix se porte sur les multiples (3 axes). Je prends conseil auprès de la toute nouvelle fédération française d’U.L.M. (FFPLUM) à laquelle j’adhère et après avoir obtenu une liste des différents constructeurs, nous étudions les documentations, faisons différents essais et finalement nous passons commande d’un U.L.M. biplace, neuf , de marque QUICKSILVER , importé des USA par la Sté U.L.M. Air Champagne de Romilly-sur-Seine (10). Ce type d’appareil a un passé d’environ 10 ans chez nos amis d’Outre Atlantique, de ce fait nous limitons les risques. Prix d’achat 70.000frs. 20 adhérents, 1000frs d’apport chacun et un emprunt pour le reste. Il fallait à tout prix que ça marche. Pour le terrain ce fût moins évident. Partout où l’on explique notre projet de création d’une plateforme U.L.M., c’est l’étonnement et avec le sourire on essaie vainement de nous expliquer qu’il est impossible de trouver un terrain dans la Bassée. En fait on nous prend pour des fous. J’en arrive à me dire que peut-être avons-nous mis la charrue devant les bœufs car nous sommes en Juin 83 et notre U.L.M. va bientôt arriver. Mais c’était sans compter sur une bonne étoile car comme on dit le malheur des uns faisant le bonheur des autres, figurez-vous qu’en ce printemps 1983 une crue de la Seine survient et l’eau recouvre les champs de blé jusqu’en Juin. De nombreuses récoltes sont perdues notamment dans la zone inondable entre Peugny et Neuvry. Je remarque ce petit hangar perdu au milieu des champs juste à l’entrée de Neuvry. Rencontre avec le propriétaire et nous obtenons l’autorisation d’utiliser provisoirement son terrain ainsi que le hangar. Aujourd’hui nous y sommes toujours et faisons un peu partie du paysage. En Juillet 83, nous recevons notre U.L.M., la météo est excellente, nous volons un maximum, c’est l’euphorie.

D’Hier à Aujourd’hui

En 1984, nous achetons notre deuxième U.L.M. Ensuite de 1985 à 1988, notre club prend son régime de croisière, nos U.L.M. commencent à emmagasiner un bon nombre d’heures, nous en sommes satisfaits mais leurs moteurs propulsifs les rendent très bruyants, de plus ils sont lents (60 à 70 km/h) et très sensibles au vent. Notre intérêt pour des machines un peu plus performantes se fait sentir. En 1989, nous achetons un U.L.M. à moteur tractif fabriqué par la Sté ULTRALAIR basée à Valenciennes. Aussitôt les heures de vol sont multipliées par 2 ou 3. Nous ne gênons plus les riverains par le bruit et nous pouvons voyager à 80 – 100 km/h. En 1991, nous partons à deux U.L.M. pour Quiberon avec des étapes par Chartres, Le Mans, Laval, Redon et posé sur l’aérodrome de Quiberon, souvenir inoubliable de l’arrivée au-dessus de la mer. De 1992 à 1996, c’est la période  » manifestations aériennes « .nous nous déplaçons beaucoup pour organiser des journées  » baptêmes de l’air  » dans les petits villages de la région. Chaque fois c’est un succès. De 1997 à aujourd’hui, nous privilégions l’activité école et baptêmes sur notre terrain de Neuvry.

weedLe week-end, lorsque la météo est favorable, le trafic sur notre petite piste est proche de celui de Roissy par les décollages et atterrissages successifs de nos U.L.M. mais également de ceux des clubs voisins et amis qui viennent par les airs nous rendre visite. Nombreux sont les visiteurs de passage qui souvent en famille viennent passer un moment et quelquefois, Monsieur, en bon père, dans un élan de générosité offre des baptêmes à ses enfants d’abord puis à Madame, histoire de tester les machines des fois que … et quand arrive son tour, il cherche maladroitement à se défiler prétextant par exemple un horaire tardif. C’est alors que « bobonne » pas dupe intervient dans un sursaut d’autorité pour hisser son mari à bord. Solidarité masculine oblige, nous trouvons toujours le mot qu’il faut afin que Monsieur ne perde pas la face devant ses enfants. D’ailleurs souvent il sifflote pour se montrer plus serein. Je me demande toujours comment il peut siffloter tellement sa gorge et son estomac sont noués. Au décollage, il est proche de l’infarctus et ce jusqu’au moment où l’on adopte le régime de croisière. C’est alors que notre passager se détend. Par l’intermédiaire de l’intercom on entend sa respiration devenir plus régulière et son pouls doit se stabiliser à 130. Dans certains cas notre candidat au baptême, homme ou femme, nous assaille d’une avalanche de questions toujours très sympathiques. Il m’arrive souvent de répondre oui à mon passager alors que sa question appelait une réponse négative mais lors de la phase du décollage, le pilote a besoin d’un maximum de concentration pour gérer un éventuel problème qui pourrait s’avérer délicat à basse altitude. Dans d’autres cas , madame ou mademoiselle se présente vêtue d’une robe ou jupe dont la longueur vous fait subitement croire que la terre s’est affaissée et elle vous demande :  » pensez-vous que je puisse faire un vol dans cette tenue ?  » naturellement , l’œil pétillant , il y a toujours un Gilbert , un Rémy ou même un Philippe pour lui expliquer que les courants d’air sont rares à bord de nos U.L.M. et que de toutes façons si par malheur un léger courant d’air survenait , en gentleman il ne manquerait pas de dévier son regard. Les retours de baptêmes sont une joie intense, parfois à la limite de l’hystérie mais toujours avec l’envie de repartir. En soirée, souvent autour d’un barbecue improvisé à la hâte, un verre de rosé à la main, nous commentons les différentes anecdotes de la journée. Notre club regroupe une trentaine d’adhérents dont la tranche d’âge s’étend de 25 à 70 ans. Il est dirigé par un conseil d’administration de 9 personnes dont 3 membres du bureau et il constitue un noyau dur qui veille au grain pour maintenir le cap avec comme objectif principal la Sécurité dans une ambiance amicale. Si depuis 18 ans nous n’avons eu à déplorer aucun accident (et je croise fermement les doigts) c’est que nous n’avons jamais fait de concession à la sécurité. Notre club a formé au brevet de pilote d’U.L.M. une cinquantaine d’élèves dont tous les pilotes actuels. Les baptêmes de l’air ne sont effectués que par des pilotes sérieux, compétents, ayant une expérience du vol en biplace de plus d’un an et pratiquant régulièrement. Les pilotes des Ailes de la Bassée sont réputés dans notre petit monde de l’U.L.M. pour être excellents parce que:

D’une part nous évoluons sur un terrain court, limité à l’Est par le village de Neuvry et à l’Ouest par un fossé, bordé d’arbres qui provoquent de généreuses turbulences lorsque se lève le vent.

D’autre part une formation des pilotes conforme au programme de notre fédération avec prise en compte de la gestion des éventuelles pannes moteur, chose que les pilotes avion ont abandonnée depuis longtemps avec les conséquences que l’on imagine lorsque malheureusement pour eux la panne survient.

Evidemment la meilleure formation qui soit n’a d’intérêt que dans la mesure où le pilote est responsable, qu’il fait travailler autant sa tête que ses bras. Ne pas faire la différence entre un cirrus et un cumulonimbus sera toujours pour le pilote le choix de vivre ou mourir. Par ces quelques lignes j’ai essayé de mieux vous faire connaître notre association et peut-être vous donner envie de partager notre passion ou de nous rendre visite sur le terrain. Sachez que vous y serez toujours accueillis en amis.

Alain CARRASCO